L’histoire de l’église

L’église de Béthencourt-sur-Mer

 

BETHENCOURT Bureau PTT

 

A l’origine, l’église comprenait un choeur et une nef, construits en pierres blanches du pays, édifiés selon toute vraisemblance au XIIIe siècle, comme semble le prouver l’encadrement bien conservé de la petite fenêtre située au milieu du « chevet », fenêtre aujourd’hui obstruée.

Ce choeur était peut être la chapelle du château seigneurial qui s’élevait au centre du village. Il est certain en effet, qu’à cette époque, une chapelle seigneurial existait à Béthencourt-sur-Mer. L’entretien de ce choeur était à la charge des religieux de Saint-Valery.

En 1766, l’abbé Halingre fit reconstruire la nef de l’église. Celle-ci étant devenue trop petite compte tenu de l’augmentation de la population, il ajouta deux bas-côtés en briques et silex, aux frais des habitants.

Il assigna la même année en justice les religieux de Saint-Valery qui n’assuraient pas l’entretien du choeur, dans un état de delabrement avancé. Ce n’est toutefois qu’en 1781 que le choeur fut restauré.

En 1789, les habitants se plaignaient encore dans les cahiers rédigés pour les Etats Généraux de l’état de vétusté du maître-hôtel ainsi que de la présence nuisible des arbres plantés par le seigneur local autour de l’église. Ces arbres en effet assombrissaient l’édifice et détérioraient les murs du cimetière qui, à l’époque, entouraient l’église. Il semble que la situation ne soit pas améliorée rapidement car en 1853 certains rapports faisaient encore état de cette situation.

 

BETHENCOURT Eglise

 

L’église ainsi agrandie et restaurée, comprend aujourd’hui :

 

Sur la façade ouest : un portail principal entouré de deux colonnes en briques, reliées entre elles par un larmier et coiffées d’une croix, le tout surmonté d’une fenêtre.

Sur la façade sud : une petite porte latéral simple, sans ornement particulier.

Le choeur, terminé par un « chevet » semi-circulaire à trois pans, est éclairé par cinq fenêtres au total dont un vitrail représentant Saint-Etienne, martyr, patron de la paroisse.

La petite nef à gauche, comprend un autel dédié à la Vierge, avec un retable représentant Marie, sans nom d’auteur, mais présentantune certaine valeur. Cette nef est éclairée par trois fenêtres dont une sur la façade ouest.

La petite nef à droite, se termine par un autel jadis consacré à Saint Nicolas mais dédié depuis 1871 à Saint Joseph. Le retable en marbre a été réalisé par Monsieur Sturbois, marbier à Abbeville.
L’arrière de cette petite nef abrite une cuve baptismale enb pierre dure sculptée représentant une certaine valeur. Elle est également éclairée par trois fenêtres, dont une sur une façade ouest.

 

Les dimensions intérieures de l’église sont :

 

Longueur : environ 19 m
Largeur : environ 12 m
Hauteur sous voûte : environ 6 m 70

 

Le clocher est en bois, recouvert d’ardoises. Il surplombe la façade ouest. Après avoir souffert en 1876 d’un violent ouragan qui l’a ébranlé et fait dévier, il a été renforcé d’ancres métalliques. Ce travail a été exécuté par le maréchal et le charpentier du village (Messieurs Billore et Grandsire).
Deux cloches y étaient installées. La plus grosse ayant été cassée en 1772, il a été décidé de refondre les deux et d’en augmenter le poids (475 livres et 320 livres, une livre valant 489,5 grammes). Ce travail a été exécuté par Monsieur Cavaillet, fondeur à Aumale, la même année, en présence de Monsieur Nicolas Depoilly, maître d’école du village. Elles ne portaient pas de noms car la proposition faite au « seigneur » et à la « dame » du lieu de les nommer n’a pas eu de suite.

Ces deux cloches ne sont plus en place aujourd’hui. En effet, après la révolution, au moins l’une d’elle a été descendue vers 1793 et transportée à Abbeville au bénéfice de la monnaie publique.

La plus grosse cloche aujourd’hui, nommée « Etiennette-Rosalie » par les parrain et marraine, a été bénie en 1803. La seconde, plus petite, a été nommée « Agnès Leleu » du nom de la donatrice, décédée en 1830. Elle a été bénie en 1831.

Il est certain enfin que l’église a été, pendant des siècles, un lieu de sépultures. Entre les années 1650 et 1770 (120 ans) 45 à 50 personnes y ont été inhumées.

L’abbé Halingre, décédé en 1777, y repose également, devant l’autel de la Vierge.

Témoin du passé du village depuis au moins huits siècles, l’église de Béthencourt-sur-Mer, sans doute une des plus anciennes de la région, constitue un patrimoine architectural, culturel et religieux unique que les habitants doivent avoir le souci de préserver.

Après des décennies de silence (vétusté), les cloches, depuis 1995, rythment à nouveau la vie de l’agglomération. Une horloge indique en permanence l’heure exacte. Le ravalement, commencé dès les années 90, devrait être poursuivi et achevé le plus tôt possible. La restauration intérieure est à entreprendre, après vérification du bon état de la toiture.

C’est à ce prix que nos générations pourront transmettre aux générations à venir un héritage intact.

 

Abbé Jacques Halingre

Installé à Béthencourt-sur-Mer le 26 Juillet 1743, L’abbé Jacques Halingre fut à plusieurs titres un homme exceptionnel.

Bethencourt n’échappa pas aux grandes épidémies : 1741, 1750, jusqu’à la grippe espagnole de 1918, dont les deux vitraux dédiés à Marie-Thérèse Bignard font toujours mémoire.

Lors de l’épidémie de 1750 (50 morts à Béthencourt), Jacques Halingre fut d’un dévouement et d’un courage incomparables. Mais aussi, en matière de savoir, Jacques Halingre était un esprit formidablement en avance sur sont temps, en dressant un tableau du nombre des mariages, des naissances et des décès sur une durée de 80 ans pour en 1766 en déduire par l’analyse logique que la croissance démographique ainsi mesurée rendait urgente la construction d’une nef plus grande assortie de bas-côtés, il n’a fait qu’appliquer la méthode « des moindres carrés » qu’inventeront 50 ans après lui les mathématiciens Legrendre et Gauss.
De même en matière d’histoire, Jacques Halingre est un lumineux précurseur de la méthode de l’histoire sérielle qu’inventera au Xxe siècle l’historien Pierre Chaunu, laquelle consiste en l’étude des séries quantitatives sur la longue durée et en l’éclairage des décisions historiques ainsi sollicitées.

 

Evénements religieux qui ont marqué la vie de notre église :

En 1840, cette église a accueilli Mr Jean-Marie Moland qui fut auprès de Sa Sainteté le Pape Pie IX l’instructeur de la béatification, puis de la canonisation de Sainte Germaine de Pibrac.

Plus loin encore, en 1114, Saint Geoffroy, évêque d’Amiens, vint bénir les calices et les vêtements sacerdotaux des prêtres du Vimeu, entraînant de la sorte les vives protestations de Lambert, abbé de Saint-Valery, qui, estimant ainsi c’est compétences confisquées, porta l’affaire devant le Concile de Reims de 1115, puis devant le Saint-Siège à Rome, lequel ne trancha la question en faveur de Geoffroy qu’en 1664, soit 550 plus tard.

Encore plus loin, pour terminer, c’est l’évêque Saint Berchond d’Amiens qui en 614, avec l’aval du roi mérovingien Clotaire II, roi que ses successeurs carolingiens, dans un dénigrement qui durera, qualifieront à tort de « roi fainéant ». L’évêque Berchond donc qui encouragea le moin Valery à fonder une abbaye à Leucone (aujourd’hui Saint Valery) pour contribuer, par l’évangélisation contre le druidisme celtique, à l’unification d’un pays qui cessa alors de s’appeler Neustrie pour former la France.

 

BETHENCOURT Eglise MACQUERON